De la difficulté d’aborder des thèmes à la fois complexes et sujet à controverse.

S’il y a quelque chose que je ne supporte pas, lorsque je discute sérieusement sur des sujets entachés de la bien-pensance de notre société moralisatrice, c’est de devoir TOUJOURS justifier que ni mes arguments ni mes opinions ne sont biaisés par ma supposée « proximité coupable » avec ces dits-sujets.

Concrètement, il faut systématiquement que je justifie mon propre positionnement, pour faire fi des sourires accusateurs ou des regards inquisiteurs de mes interlocuteurs, lorsque la discussion porte sur des sujets aussi variés que :

La légalisation du cannabis : Si jamais je prône ça, c’est nécessairement que je dois fumer régulièrement, et que ça m’arrangerait bien que ce soit légalisé, et par conséquent, aucun crédit ne peut être accordé à mon analyse, aussi pertinente puisse-t-elle être :-/

L’ouverture des salles de shoot : Cf. point ci-dessus, sur le cannabis : en ne m’indignant pas face à ces solutions qui ont, je le pense, de bons côtés, je passe quasiment pour un camé dépravé qui souhaite la décadence de la société.

Les droits des homosexuels : Sur ce sujet, c’est encore pire ! Particulièrement lorsque je discute avec des compatriotes – l’homophobie latente dans nos îles, n’est hélas pas qu’une simple chimère. Vu mon attachement à la défense et au renforcement des droits pour les homosexuels, il semble parfois évident à mes interlocuteurs que je le suis moi-même… ne serait-ce qu’à temps partiel :-) Et n’est-ce pas lamentable de devoir au préalable justifier de son hétérosexualité pour pouvoir espérer être entendu ?

Le CV anonyme : Quelque soit mon opinion ou ma réflexion sur ce sujet, on les suspecte d’être conditionnés par le fait que j’appartienne à « une minorité ».

La discrimination positive : = (point précédent * 100) ² !

La pénalisation des clients des prostituéEs : Ce sujet d’actualité est carrément l’apothéose et mérite un billet à lui tout seul. Je suis contre ce projet de loi que je juge absurde, pour beaucoup de raisons. Cela m’a valu d’être accusé (à tort, mais cela a-t-il vraiment une importance ?), de fréquenter des prostitués et donc de probablement n’être qu’un ignoble consommateur de chaire humaine et  un complice implicite des néo-négriers ! ô_O’

D’ailleurs, l’analyse des prostituéEs ou de leur client  a-t-elle moins de valeur que ceux qui sont loin de ce milieu ? Je ne le crois pas.

La réflexion d’un Arabe ou d’un Noir sur la question du CV anonyme ou de la discrimination positive est-elle moins pertinente que celle d’un Blanc ? J’en doute.

On pourrait multiplier les exemples…

Bref, cela m’agace réellement que, lors d’une discussion argumentée, on ne puisse pas accepter les idées et opinions de ses interlocuteurs sans y mêler clichés bien-pensants, moralisation à deux balles et/ou sans partir du postulat que la réflexion de l’autre est biaisée par ses pratiques ou ce qu’il est intrinsèquement.

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7 réponses à De la difficulté d’aborder des thèmes à la fois complexes et sujet à controverse.

  1. Gilles dit :

    Je comprends tout à fait ce que tu dis …
    Une de mes collègues est régulièrement « cataloguée » sur ses prises de positions alors qu’elle répond juste en tant que citoyenne de notre époque … et une autre collègue considère presque systématiquement que ses réactions (celles de ma 1ère collègue) sont liées à sa « difficulté à assumer sa couleur et l’esclavage » (sic).

    Personnellement – même si je ne suis d’aucune minorité (du moins à ma connaissance ;-) ) – j’évite d’aborder certains sujets avec certaines personnes car avoir des conversations concrètes sans que certains clichés ne soient lachés est parfois compliqué … bref, je te rejoints là-dessus.

    • Ryfe dit :

      Gilles,

      Si tu savais comme je suis dégoûté quand c’est la couleur de peau qui discrédite ton point de vue. Le point sur l’esclavage m’a déjà été sorti plusieurs fois, complètement à tort.
      Un jour, j’ai participé à une discussion sur les discriminations des forces de l’ordre (c’était un sujet d’actualité après que des études ont démontré que les Arabes se faisaient bien plus contrôlés par les autorités que les Noirs, eux-même étant plus souvent contrôlé que les Blancs). Bref, un collègue blanc défendait un argument et a été entendu et accepté. J’ai défendu exactement le même, avec les mêmes personnes, et on m’a rétorqué : « Oui, mais vous avez quand même une attitude victimaire! » WTF ?!?! C’est qui ce « vous » ? Pourquoi me réduit-t-on à ma couleur de peau ?! Mon point de vue est-il moins pertinent que celui de mon collègue ?! Pfff :-(
      J’aimerais tant être écouté et entendu en tant qu’individu. Simplement

      Enfin, ce qui me navre avec ces clichés permanents, c’est que, comme toi et comme beaucoup d’autres, j’évite d’aborder certains sujets, pourtant intéressants, parceque je doute a priori de la capacité de mes interlocuteurs à faire abstraction de préjugés, quels qu’ils soient! Et ne pas discuter comme on le souhaiterait, avec tout le monde… quoi de plus dommage ?

  2. C’est effectivement un constat pour le moins agaçant… :-/

  3. Bonjour pour commencer félicitations pour votre site internet que j’ai découvert avec plaisir. Le présent article m’a beaucoup plu car je le trouve bien ecrit et complet. Je n’ai pas pour habitude de commenter les sites mais aujourd’hui je prends quelques instants pour le faire. Je vous contacterais pour faire un échange de lien avec mon propre site. En espérant vous lire bientot.

  4. ®om dit :

    Tu peux rajouter « être contre l’article 4 de la LOPPSI, c’est être pour la pédopornographie » ;-)

  5. Mwanji dit :

    Tangente: Il y a un ou deux jours, nous sommes allés faire connaissance avec nos nouveaux voisins en Afrique du Sud. On habite dans un quartier de riches donc il sont tous deux blancs et Afrikaaners (plutôt qu’anglophones). Des gens apparemment sympathiques, mais quand la femme lâche que « l’apartheid, c’était il y a si longtemps! », on comprend que ce pays a encore bien du chemin à faire.

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