Les mots « crypter » et « cryptage » n’existent pas !

Les vocables « crypter » et « cryptages » sont employés à tort par tous, y compris par la presse et même par certains magazines spécialisés ô_O’. Seulement voilà, il s’agit d’horribles abus de langage qui n’ont même pas de sens d’un point de vue cryptologique. Tâchons d’y voir un peu plus clair…

Un peu de vocabulaire de cryptographie pour éviter toute confusion :

◊ Le chiffrement est le procédé avec lequel on rend la compréhension d’un document impossible à toute personne qui n’a pas la clé de déchiffrement. Concrètement, lorsqu’on chiffre un document, on transforme à l’aide de la clé de chiffrement un message en clair en un message incompréhensible (dit texte chiffré) pour celui qui ne dispose pas de la clé de déchiffrement (en anglais encryption).

◊ Le déchiffrement est logiquement l’opération inverse du chiffrement. C’est donc le processus transformant le texte chiffré en texte clair. Concrètement, cela consiste à retrouver le message original d’un texte chiffré dont on possède la clé de déchiffrement. (en anglais decryption)

Donc jusqu’ici, c’est clair : on chiffre avec la clé de chiffrement et on déchiffre avec la clé de déchiffrement. Mais corsons légèrement les choses…

◊ Le décryptage consiste à retrouver le message clair correspondant à un message chiffré sans posséder la clé de déchiffrement ! (terme que ne possèdent pas les anglophones, qui eux « cassent » des codes secrets)

En bref, on a, comme tout à l’heure, un message chiffré, seulement on ne possède pas la clé de déchiffrement cette fois. On va donc essayer de décrypter le message chiffré, c’est-à-dire de casser le code pour le rendre intelligible.

Décrypter a donc un sens très précis en cryptologie.

« Il apparaît donc que mis au regard du couple chiffrer/déchiffrer et du sens du mot « décrypter », le terme « crypter » n’a pas de raison d’être  Wikipedia

Les termes « encryptage », « cryptage » et ses dérivés sont des anglicismes récents, tirés de l’anglais encryption. Le mot « chiffrement » est un terme utilisé depuis le XVIIe siècle dans le sens de chiffrer un message.

L’Académie française précise que le mot « cryptage » est à bannir et il ne figure pas dans son dictionnaire, en tout cas pas dans le sens où on le trouve en général utilisé, même si on peut le trouver dans des dictionnaires usuels.   Wikipedia

En gros, en faisant bêtement un anglicisme, on ajoute un mot, « cryptage », dans la langue française, mais on perd un sens, celui de la différence entre « déchiffrement » et « décryptage » :-(

Connaître et maîtriser ces termes et ces concepts…

Il est si simple d’utiliser le bon mot lorsqu’on en a compris le sens. C’est aussi tellement simple de bannir les mots vides de sens, dès lors qu’on a compris pourquoi…

Lors de l’entretien d’embauche de nombreuses sociétés informatiques, si vous employez le mot « cryptage », vous n’êtes pas retenu. Et c’est bien normal puisque ça prouve que vous ne connaissez pas les principes de base de cryptologie.

Pour ma part, j’avoue avoir résilié mon abonnement à l’Ordinateur Individuel depuis des années car ils utilisaient régulièrement le mauvais vocable alors que j’estime qu’un magazine de vulgarisation doit « éduquer » le grand public et non jouer la carte du nivellement par le bas…

Pire encore, Le Monde Informatique commet régulièrement l’erreur (ex). Je les ai contacté à de nombreuses reprises à ce sujet. Voilà ce que m’a répondu le directeur de la rédaction, Serge Leblal en personne : « Bonjour. Je suis tout à fait d’accord, mais c’est pour éviter les redites. Nous alternons chiffrement et cryptage » ô_O’ C’est juste incroyable, navrant et décevant qu’un hebdomadaire spécialisé en informatique professionnel se permette ce contre-sens et cette légèreté sous prétexte « d’éviter les redites » :-/

Illustration fun :

Prenez exemple sur Jack Bauer et Chloé O'Brian qui ne faisaient pas d'erreur de vocabulaire! Ce n'est pas parce qu'on sauve le monde qu'on est inexact ;-D

Quelques liens utiles :

EDIT 23/02/2012 : J’ai mis à jour le billet avec la réponse lamentable du magazine Le Monde Informatique.

PS : les partisans du « laisser-faire » étant, bien entendu, libres de dire qu’ils « cryptent », il n’est pas nécessaire qu’ils me reprochent de prôner l’utilisation de vocables porteurs d’exactitude et de précision.

Avertissements :
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36 réponses à Les mots « crypter » et « cryptage » n’existent pas !

  1. Gilles dit :

    Très bien fichu ton petit billet :-)
    C’est simple, clair, concis … et ça « remet les pendules à l’heure » !

    Ps : c’est qu’elle saison la discussion de 24 ?

    • Ryfe dit :

      Merci beaucoup :-)
      Je voulais que ce soit synthétique et didactique pour que les gens comprennent simplement « la raison » pour laquelle il était impropre de parler de cryptage, sans trop leur prendre la tête.

      Pour 24 heures chrono, c’est une combinaison de plusieurs choses que j’ai apprécié dans cette série : ils parlent de chiffrement asymétrique, d’AES, de BlowFish etc. Contrairement à beaucoup de séries qui veulent juste se la péter, on sentait que dans 24, malgré l’exagération propres à la série, les concepts cryptologiques étaient maitrisés par les scénaristes :-p C’est ce que j’ai voulu représenter :-)

      N’hésite pas à me dire si tu vois des façons d’améliorer ce billet…

  2. cil20 dit :

    Gilles a raison, excellent article de vulgarisation, et les schemas sont vraiment clairs également. Avec en plus le clin d’oeil à 24h Chrono, plus personne n’a d’excuses désormais.
    Il serait de bon ton que l’OI t’offre un abonnement ;-)
    Je me permettrais juste une remarque, « les mots vides » avec un « s ».
    Bonne continuation.

    • Ryfe dit :

      Merci bien.
      J’ai corrigé la faute, merci aussi. Si tu en vois d’autres, ou n’importe quel axe d’amélioration, n’hésite pas. Et c’est valable pour tous.
      L’ordinateur Individuel, je pense que c’est foutu. Ce magazine est en perdition depuis longtemps. Il n’y a qu’à voir leur compte Twitter :-(

  3. yoha dit :

    «encryptage»

    C’est le mot typique de ceux qui veulent faire croire qu’ils s’y connaissent mieux que les autres. Je supporte pas de le lire ou de l’entendre x-) .

    Je n’utilise pas «cryptage» mais je ne connaissais pas la nuance que permettait «décryptage» (je n’y avais pas pensé en fait).

    Je crois qu’il va falloir que je me mette à regarde 24H o.O .

    • Ryfe dit :

      J’ai entendu des DSI parler d’encryptage!…
      …C’était embarrassant!

      Je suis ravi si tu vois mieux la différence entre déchiffrement et décryptage :-)

      Merci de ton commentaire :-)

  4. ®om dit :

    j’avoue avoir résilié mon abonnement à l’Ordinateur Individuel depuis des années car ils utilisaient régulièrement le mauvais vocable :-( J’estime qu’un magazine de vulgarisation doit « éduquer » le grand publique

    Certains résilient leur abonnement aux flux RSS d’un site parce que leur auteur ne sait pas écrire grand public !

    Je rigole, billet intéressant sinon. J’aime beaucoup le texte du message en clair d’illustration dans tes schémas ;-)

    • Ryfe dit :

      Ha ha ha! Je me demandais si quelqu’un remarquerait ;-)
      J’étais parti sur des trucs osés au début, et puis je me suis dit : Ryfe, joue la classique, marque un début d’histoire de tous les jours :-)

      Crois-moi si tu veux, mais j’avais corrigé la coquille :-/
      J’ai dû mal faire ma MàJ. Je suis écœuré :-@
      C’est corrigé, maintenant.

      Merci pour ton commentaire

  5. Joel dit :

    Très bon article en effet !!

    Merci à toi pour avoir fait cette précision car cette erreur de terme(s) est très très régulièrement faite.

    Je découvre tout juste ton Blog, et tes articles ont l’air bien sympa, je m’abonne donc immédiatement au flux RSS :)

    Bonne continuation !!

    Joël

    • Ryfe dit :

      Merci beaucoup :-)
      Je compte améliorer ce billet au fur et à mesure et mettre un lien vers lui chaque fois que je verrai cette erreur.

      Bienvenu parmi mes quelques lecteurs :-D
      Tu verras, je ne poste pas souvent, je parle de tout et n’importe quoi et je suis assez fou déjanté, mais si tu accroches, c’est tant mieux :-)

      À bientôt, Joël

  6. Christophe dit :

    Malheureusement, ce ne sont ni l’Académie ni Wikipédia qui décident de ce qui peut ou non exister dans le lexique d’une langue vivante. Tôt ou tard, à l’exemple du mot « espace », qui est féminin pour les typographes (http://www.road2mayotte.org/blog/?p=2358), si tel vocable est usité, il entrera dans lesdits dictionnaires ou encyclopédies qui n’ont fonction qu’à être des chambres d’enregistrement.

    D’ailleurs, on trouve « crypter », avec le sens de « chiffrer », dans certains dictionnaires et même « cryptographier ».
    Tiens, juste un lien… http://www.granddictionnaire.com/btml/fra/r_motclef/index1024_1.asp
    Je ne crois pas les gens du Québec plus ou moins laxistes ou ignorants en cryptologie ou cryptanalyse mais peut-être et parfois seulement un peu moins versés dans l’esprit de clocher ou réactionnaire.

    Au fait, il en est de même pour « décryptage ».
    D’ailleurs, sur un plan strictement linguistique, pareil paradigme est tout à fait pertinent : crypter/décrypter, cryptage/décryptage… rien là qui ne casse trois pattes à un canard. M’enfin bon… ç’a au moins une vertu : fait parler avec un peu d’aplomb.

    Edit de Ryfe: Je me suis permis de réunir tous tes commentaires en un seul.

    • Ryfe dit :

      Bonjour Christophe,

      C’est amusant parce que je parle toujours d’une espace quand il s’agit de typographie :-)
      J’ai même pensé à faire un billet là dessus ;-)

      Blague à part, il y a une différence fondamentale que tu ne sembles pas voir : s’il convient bien, en académicien pointilleux, d’utiliser une espace, il se trouve qu’il n’y a pas de vrai problème de sens -> Lorsqu’on ajoute une espace, on obtient bien un espace.

      La langue évolue, c’est normal et je n’ai aucun souci avec ça.
      En revanche, comme je le dis dans le billet, en faisant bêtement un anglicisme, on ajoute le mot « cryptage », dans la langue française, mais on perd un sens, celui de la différence entre « déchiffrement » et « décryptage » :-(

      Et c’est là le point central de mon petit billet : la perte du sens.

      Si tu lis mes billets et mes commentaires, tu verras que je fais beaucoup de fautes de français ; je ne suis absolument pas pointilleux, et je ne verse pas dans l’esprit de clocher ou réactionnaire comme tu l’affirmes très méchamment hargneusement sèchement. Non, j’estime simplement qu’il est dommage de perdre du sens en se basant sur l’argument « Ouais, mais tout le monde le dis ! Faut faire avec ! Ça évolue ! »

      Les binômes « crypter/décrypter » et « chiffrer/déchiffrer » semblent logiques, en effet. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont trompeurs et faux, ne t’en déplaise.

      Le lien Wikipedia que j’ai indiqué précise bien que l’Office québécois de la langue française permet le mot « cryptage » comme synonyme à « chiffrement ». Mais comme tu le dis si bien : ce ne sont ni l’Académie ni Wikipédia qui décident de ce qui peut ou non exister dans le lexique d’une langue vivante.
      Il y a des erreurs dans les langues plus graves que d’autres. Celles qui sont graves, sont celles qui appauvrissent la langue. C’est mon point de vue.

      Je vais mettre une petite note en fin d’article indiquant que les partisans du « laisser-faire » étant, bien entendu, libre de dire qu’ils « cryptent », il n’est pas nécessaire qu’ils me reprochent de prôner l’utilisation de vocables porteurs d’exactitude et de précision.

  7. Christophe dit :

    « La langue évolue, c’est normal et je n’ai aucun souci avec ça.
    En revanche, comme je le dis dans le billet, en faisant bêtement un anglicisme, on ajoute le mot ‘cryptage’, dans la langue française, mais on perd un sens, celui de la différence entre ‘déchiffrement’ et ‘décryptage’. »

    Franchement, je ne comprends pas ce point de vue. Pourquoi perdrait-on quelque chose ? Le sens de « décryptage » pour dire « casser le code pour le rendre intelligible » est peut bien être un sens second ou premier d’ailleurs qu’importe… La spécialisation que tu réclames est de l’ordre du code ou du jargon… langage spécialisé. Cette spécialisation est pertinente entre spécialistes en cryptologie. C’est un peu comme si tu demandais aux gens de ne pas dire « hystérique » au quotidien pour qualifier « quelqu’un qui crie… » alors qu’il s’agit, en psychiatrie d’une pathologie bien spécifique. Je prends cet exemple complètement au hasard, rassure-toi.

    Pour le commun des usagers du langage, cette spécialisation est parfaitement secondaire. Et puis, que tu le veuilles ou non, ces mots existent bel, quoi qu’en disent Wikipédia et l’Académie française… une simple recherche dans le plus commun des moteurs te donnera des résultats même sur des sites spécialisés. Comme dirait Wiitgenstein, il en est ainsi et ainsi. Ce que tu penses n’est pas ce qui est. Le fait de langage c’est déjà imposé… viendra le jour où l’Académie conviendra d’une synonymie entre « chiffrer » et « crypter » comme le fait l’Office de la la langue française du Québec.

    • Ryfe dit :

      Je ne suis pas du tout un spécialiste du chiffrement, je n’ai pas l’impression de jargonner, je ne travaille pas dans la sécurité informatique. Mais en tant qu’amateur béotien, ces différences sont juste fondamentales à mes yeux.
      J’ai appris à l’école que deux synonymes ne pouvaient pas signifier exactement la même chose. Par conséquent, combien même l’Académie déciderait que les deux mots sont synonymes, il conviendrait quand même d’utiliser le bon mot. Déchiffrer quand il convient le mieux à la situation. Décrypter quand il convient le mieux à la situation. Chiffrer quand il convient le mieux (c’est à dire toujours). Crypter quand il convient le mieux (c’est à dire jamais).

      Honnêtement, j’ai l’impression que si beaucoup de personnes utilisaient indifféremment les mots « entendre » et « écouter », tu trouverais normal (et pas que toi, hein, vous êtes beaucoup à penser pareil) que ce soit admis que ça signifie la même chose, que ça puisse être employé indifféremment parce que, bon, la langue évolue et que la différence est pour spécialiste jargonneux. Tu m’expliquerais à n’en point douter que tu ne comprends pas l’intérêt de mon billet « Il ne faut pas confondre Écouter et Entendre » et que les gens comme moi sont pointilleux et versent dans l’esprit de clocher ou réactionnaire.

      Je ne pense pas me tromper en affirmant que nous ne nous convaincrons pas l’un l’autre. Je sais ce que tu penses et vice et versa. Je t’invite donc à employer le mot crypter. Moi, j’utiliserai le mot chiffrer. Restons-en là.

  8. Renaud dit :

    Bonjour,

    Je découvre votre article suite au lien posté sur LMI à propos de « La Suisse va livrer des données cryptées au fisc américain ».

    Vous avez raison de défendre le mot juste quand il existe. C’est simplement une question de culture.

    Permettez-moi quelques remarques :
    - Dans le commentaire que vous avez laissé sur LMI, vous écrivez : « Il aurait *fallut* titrer cet article : La Suisse va livrer des données *cryptées* au fisc américain. » Je vous suggère : « Il aurait *fallu* titrer cet article : La Suisse va livrer des données *chiffrées* au fisc américain. »
    - Dans le post-scriptum : « les partisans du « laisser-faire » étant, bien entendu, *libre*…  » Il faut accorder « libre » avec « les partisans ».
    - L’hystérie n’est pas dans le jargon psychiatrique moderne. Dans son acception historique, le mot doit être réservé aux femmes, car il s’agit d’un mal que l’on pensait provoqué par l’utérus.

    Je ne cherche pas la publicité. Vous pouvez garder ce commentaire pour vous-même.

    Cordialement,

    • Ryfe dit :

      Bonjour Renaud,

      Merci pour vos remarques !
      J’ai corrigé mon commentaire sur LMI pour changer cryptées en chiffrées mais j’ai bêtement laissé la faute au mot fallu ;-(

      Je vais de ce pas corriger mon article dans ce sens.

      Pas question d’effacer votre commentaire qui aura le mérite de prouver à tous que je ne suis pas un Ayatollah de l’orthographe ou un Bernard Pivot, mais simplement quelqu’un qui attache une importance au sens des mots ;-)

      Bonne continuation, Renaud.

  9. Morgan dit :

    Juste un petit commentaire de soutien à cette défense de notre belle langue française :)

    Je suis moi aussi fort doué pour écrire de sacrés fautes, néanmoins, en terme de sens j’essaye de faire attention, et là est le cœur de l’article :)

  10. Atbbkaugust dit :

    J’ai appris quelque chose aujourd’hui, je ne me tromperais plus, merci :) .

    • Ryfe dit :

      Hello,
      C’est super cool si ça t’a servi :-)
      Tu verras que, désormais, ça t’écorchera un peu les oreilles quand tu entendras le vocable « crypter » car tu sauras que la personne ne maitrise pas vraiment le concept (ou bien s’en fout complètement, ce qui est dommage)
      Bonne continuation et merci pour ton billet : http://www.programapro.fr/commenter.php?id=113 ;-)

      • Atbbkaugust dit :

        De rien :p .
        Après plusieurs recherche sur Internet, même des sites spécialisés utilisent ces mots, d’ailleurs il y a même des noms de domaines utilisant ces mots : http://www.cryptage.org/

        Je me demande si l’habitude se perdra un jour :p .
        PS : un utilisateur m’a signalé que dans ses deux dictionnaires, les mots apparaissaient…

  11. Ca fait plaisir de constater que je ne suis pas seul à essayer de corriger certaines vieilles habitudes de langage (et m… à Canal+ pour une des premières utilisations de « cryptée » :-(

    • Ryfe dit :

      ;-)
      C’est cool de constater que certains apprécient la démarchent !
      Pour être franc, la plupart des gens critique sévèrement ma démarche et j’ai même eu quelques commentaires orduriers que j’ai choisi d’effacer :-)

      Bonne continuation, Ollivier

  12. Ping : Les mots « crypter » et « cryptage » n’existent pas ! | L'esprit vagabond et torturé de Ryfe | TFL'veille techno | Scoop.it

  13. Laurent dit :

    La précision est une des caractéristiques qui font apprécier le français. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est jamais le dictionnaire qui fait la langue mais la créativité de ses locuteurs.

    • Ryfe dit :

      Je suis absolument d’accord avec toi, Laurent. Cependant la créativité des locuteurs ne doit jamais se faire dans un contexte d’appauvrissement de la langue en terme de sens. Par conséquent, je n’aurais aucun souci avec le vocable « chiffrounyker« , par exemple, s’il remplaçait le mot « chiffrer« . En revanche le mot crypter est négatif, puisqu’il fait perdre du sens (si décrypter est le contraire de crypter et déchiffrer est le contraire de chiffrer, alors… quelle est la différence entre chiffrer et crypter ?)

      Comme j’aime à le répéter, il y a une différence entre entendre et écouter et même si on invente des vocables différents, les sens portés par ces 2 mots ne sauraient disparaître. C’est pour moi un petit peu la même chose avec chiffrer/déchiffrer/décrypter.

      Par ailleurs, soyons honnête : les gens emploient le mauvais vocable parce qu’ils ne connaissent pas le sens pratique réel de ces mots (qui est bien loin d’être du jargon cryptologique). S’ils le connaissaient, je suis prêt à parier qu’ils utiliseraient le mot qui fait sens et reprendraient même ceux qui font l’erreur en leur en expliquant la raison.
      Comme le rappelle si bien Ollivier Robert ci-dessus, l’utilisation de l’expression « Chaine cryptée » pour parler de Canal+ a sans doute participer à la mauvaise éducation de masse (même si le vocable crypté est accepté dans ce contexte très particulier qu’est l’audiovisuel)
      Par ailleurs, je viens d’écrire à un journaliste du Monde Informatique (Serge Leblal) qui comment l’erreur, et il vient de me répondre négligemment : Je suis tout à fait d’accord, mais c’est pour éviter les redites. Nous alternons chiffrement et cryptage. ô_O’
      …Il est normal que quand même la presse spécialisée fait l’erreur et l’assume le grand public la fasse également… Mais ça reste une méconnaissance du sens et non une inventivité linguistique, AMHA.

      Merci pour ton commentaire et à bientôt, Laurent.

  14. JPL dit :

    En anglais, on utilise aussi les verbes « to cypher/ to decypher » pour parler les opérations de chiffrement/déchiffrement.

    Concernant la sémantique de « une espace », je ne suis pas tout à fait d’accord avec le fait que ça ne change pas le sens, la gestion de cette espace étant un sous-domaine de la typographie à part entière.

    Pour finir sur l’Académie, elle n’a pas de rôle vis-à-vis de l’évolution ou du gardiennage de la langue. Ce sont les locuteurs qui « font » la langue. N’oublions surtout pas que Grévisse, notre plus illustre grammairien était BELGE! Alors l’Académie Française, ça n’occupe que les aspirants germanopratins.

    :-)

    Bonne continuation et pour vous remercier de votre excellent article au demeurant, je vous joins un petit conte qui vous racontera l’histoire (vraie, bien sûr) des télécom sans fils au Moyen-Age ainsi qu’une vraie histoire de chiffrement/décryptage dont j’espère qu’elle vous fera sourire :

    http://palimpseste.blog.lemonde.fr/2009/12/10/ranulfe/

  15. rorolegosbo dit :

    le sens est très important, si je suis recruteur et qu’un ingé sécurité me dit crypter au lieu de chiffrer, il se tire déjà une balle dans le pied pour le poste auquel il postule, après que la boulangère du coin utilisent crypter au lieu de chiffrer, c’est pas beau mais c’est pas catastrophique … si le pain est bon…

    • Ryfe dit :

      Ha ha! Je suis plutôt d’accord avec toi, GosseBo :-)
      Mais c’est vrai qu’entre deux bouchées de délicieuses viennoiseries, je lui expliquerais pourquoi il vaut mieux dire « chiffrer » et je suis sûr qu’elle le prendra aussi bien que moi, si elle m’expliquait une spécificité sur la levure que j’ignorais ;-)

  16. Douda dit :

    Excellent billet !

    Je suis tombé dessus par hasard (http://www.01net.com/editorial/578667/larry-page-et-sergey-brin-se-font-hameconner-par-un-particulier/ en commentaires), et j’avouerai que même si je maîtrise le concept, le petit éclaircissement sur le vocabulaire est aussi simple qu’efficace.

    Ryfe, tu as un nouveau follower :)

    • Ryfe dit :

      Bonjour Douda,
      Merci beaucoup! Ça me fait toujours plaisir lorsque ce billet sert et qu’il est apprécié :-)

      Bienvenue donc, nouveau follower, même si je reconnais que ces temps-ci, je ne poste guère de nouveaux billets :-)

      Ryfe

  17. Paulau dit :

    Ryfe,

    Merci pour ce billet. J’y souscris pleinement.
    Je n’ai malheureusement vraiment pas le temps de réagir à certains des points de vue exprimés, qui me paraissent véhiculer des clichés et autres poncifs sur notre (belle) langue et les langues en général, l’Académie, les dictionnaires, etc. et qui ont le don de m’agacer, dont deux en particulier : celui de considérer que l’ignorance de Mme Michu est sans importance. Cela me rappelle le raisonnement d’un certain Nicolas S. à propos de la postière et de La Princesse de Clèves. Et puis, le fantasme récurrent de « la langue, ce sont les locuteurs » : ce raisonnement est réducteur et il aurait été plus subtil d’écrire que la langue, c’est l’usage (cf. Grévisse). Encore faut-il savoir comment se forme et se norme l’usage ; à cet égard, de la même manière qu’il existe des leaders/vecteurs de l’opinion (les médias, par exemple, mais pas uniquement), il existe des leaders/vecteurs de la langue et ce n’est évidemment pas par hasard que votre protestation est dirigée contre deux organes de la presse écrite (la réponse du Monde étant en effet plus que consternante et, pour le plaisir d’alterner comme ils le font, nous dirons aussi : débile). Un autre leader/vecteur de la langue qui pèse d’un poids tout aussi important dans la formation/normalisation de de l’usage est le traducteur (auquel les médias ont massivement recours). Donc, au nom des traducteurs, merci donc de votre souci de la précision.
    Concluons par une anecdote : dans un ouvrage sur la sécurité informatique (et le sujet très à la mode des pirates et du piratage informatique) traduit de l’anglais (US) et publié il y a quelques années, un traducteur avait traduit « penetration test » par « essai de pénétration » (pour « essai d’intrusion »)… Je me vois très bien, un matin, tandis que j’achète ma baguette à Mme Michu (qui me prend pour un as de l’informatique et en profite pour une consultation gratuite, vu que depuis que son fils s’est mis sur FesseBouc, elle croit avoir un virus et patati et patata), lui demander si elle n’aurait pas été victime d’essais de pénétration… Depuis, je dois aller acheter mon pain ailleurs. Mais ce n’est pas grave, bien sûr, ce n’est que Mme Michu.

  18. Ryfe dit :

    Bonjour Paulau,

    Merci beaucoup pour ce riche commentaire et pour ces exemples éclairés.

    Ryfe

  19. Ping : Une bonne résolution? Connaître la définition de « résolution » | L'esprit vagabond et torturé de Ryfe

  20. Ping : Google Reader est mort… Vive les flux RSS ! | L'esprit vagabond et torturé de Ryfe

  21. Guillaume dit :

    « Le décryptage consiste à retrouver le message clair correspondant à un message chiffré sans posséder la clé de déchiffrement ! (terme que ne possèdent pas les anglophones, qui eux « cassent » des codes secrets) »

    et pourtant, « decipherment » est l’équivalent anglais, qui vient du verbe « to decipher ».

    • Ryfe dit :

      Bonjour et merci pour ce commentaire.
      Si « decipherment » existe bien en anglais, il ne s’applique en revanche pas vraiment au sujet qui nous intéresse pour la raison suivante:

      Decipherment is the analysis of documents written in ancient languages, where the language is unknown, or knowledge of the language has been lost.
      It is closely related to cryptanalysis — the difference being that the original document was deliberately written to be difficult to interpret.

      Source Wikipedia

      Et c’est cette dernière phrase explicative qui fait toute la différence : avec le « decipherment » on ne casse pas vraiment un algorithme puisque le message n’a pas été chiffré dans le but d’être inintelligible par le lecteur. Le « decipherment »s’apparente donc plus ici à du « reverse engineering » où on essaye de comprendre un message lorsque la clef de chiffrement a été tellement rouillée par le temps qu’elle est inutilisable.

      Personnellement, je vois plus le « decipherment » comme du crochetage de serrure que comme du défoncement de porte.

      Merci beaucoup pour ce point linguistique que j’aurais dû intégrer à mon article.

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