Les rencontres improbables

Il y a neuf mois de cela, j’ai eu un accident et je me suis bousillé le genou gauche. J’étais en vacances au Sri Lanka, je faisais du surf à Arugam Bay et je commençais à être plutôt bon (Enfin, je réussissais à tenir debout sur la planche, quoi ;-)). Lors d’une séance d’entrainement J’ai réussi à chuter, heurter le fonds la jambe tendue, me la tordre dans le mauvais sens et à me sectionner en trois le ménisque.

La bataille épique avec la compagnie d’assurance mériterait à elle seule un billet de blog :-/

Après une opération difficile, des douloureuses semaines alité et une première phase de réactivation des muscles de ma jambe gauche, il a fallu commencer les séances de rééducation. Pour des raisons pratiques et logistiques, j’ai choisi ce petit cabinet de kinésithérapie – rééducation à Pantin, quatre Chemins, quartier super populaire s’il en est. Et là… waw ! C’était la Cour des Miracles !

Des patients, objectivement pauvres, plusieurs sans mutuelle ou sans connaissance minimum du système ; d’autres ne parlant pas le français mais une grande diversité de langues qui se mélangeaient. Et dans cette étrange salade niçoise, le seul point commun entre nous était que nous étions tous « cassés » d’une façon ou d’une autre.

Et c’est comme ça que j’ai fait la connaissance d’un petit groupe de « cassés » comme moi. On s’encourageait et on partageait nos divers déboires liés à nos « handicaps ».

Je me suis lié d’amitié à Michel : Un gros homme bourru proche de la soixantaine au genou bousillé davantage encore que le mien. Ses quatre membres étaient couverts d’une forme extrême d’exéma (il avait dû arrêter son traitement cutané avec l’opération chirurgicale qu’il avait dû subir pour sa jambe). Pendant la séance, on discutait de tout : du travail de manutentionnaire qu’il ne pouvait plus faire et de la retraite anticipée forcée qui lui pendait au nez. De la difficulté de soigner ses dents cassées ou pourries. De mes projets de départ en Allemagne, de ses aptitudes de sportifs quand il était encore jeune, de ses regrets et fiertés dans la vie, de la difficulté de subir le regard des autres quand on est enlaidi par la maladie cutanée, de ma tristesse de devoir arrêter définitivement certains sports que j’aime beaucoup, et de savoir que je ne retrouverai jamais complètement l’usage de mon genou, etc. On se soutenait vraiment sincèrement. Et puis après les séances du matin, il nous est arrivé d’aller prendre un jus et une pâtisserie aussi rapidement que nous le permettaient nos béquilles. Un mec gentil comm tout.

Lorsqu’il a cessé de venir, une fois suffisamment réparé, il m’a manqué davantage encore que les autres avec qui j’avais sympathisés.

Du coup, avec du recul, je vois toute cette histoire plus positivement !

En effet, à bien y regardé, j’ai eu mon accident dans un endroit paradisiaque, j’y ai passé près d’une semaine, immobilisé dans mon hamac, à cause des lourdeurs de l’assurance, je suis rentré en première classe tel un VIP, j’ai pu passer du temps avec ma mère qui est venue m’aider lorsque j’étais dépendant, mon amie était présente après l’opération pendant les semaines où j’étais alité… et j’ai fait des rencontres aussi surprenantes qu’intéressantes pendant les séances de rééducation. Des gens avec qui je n’aurais probablement jamais JAMAIS échangé le moindre mot sans ce maudit accident. Mes rencontres improbables.

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Une réponse à Les rencontres improbables

  1. paulacontini dit :

    Bonjour,
    Comment pourrai-je vous contacter?merci bien.

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